Roger Vaillant Bibliography De Mariama Ba

L'Afrique écrite au féminin.
Que sont lesécrivaines de jadis devenues ?

L'évolution du système éducatif qui marqua lapremière moitié du 20e siècle, en Afrique comme en France,favorisa le développement d'une classe d'Africaines lettrées etprogressistes qui assuma bon nombre de responsabilités nouvelles. Cespionnières issues de « l'école française » nesemblent pas avoir publié d'ouvrages à caractèrelittéraire durant l'ère coloniale et l'on peut se demander laraison de cette absence.

Le discours colonial et les préjudices sexistes qui lui étaientattachés ont certainement joué un rôle important dans ceteffacement. « Les archives coloniales, dit l'historienne Marie Rodet, ontessentiellement été produites par des hommes qui, dans leurprojet de domination coloniale, ne se sont finalement que peuintéressés aux femmes [...], considérées uniquementen fonction de la famille et de leur fonction reproductive, et non en tantqu'individus »[1]. Quand l'administrations'occupait de « la fille indigène », c'était d'abord,comme le souligne Pape Momar Diop, « pour en faire de bonnes femmesd'intérieur, rompues aux travaux ménagers à l'occidentale»[2]. Mais d'autres facteurs ont aussicontribué à en effacer la trace. Les ethnologues, par exemple,passèrent l'Afrique à la loupe au début du 20esiècle mais comme ils avaient pour mission de décrire « lestribus primitives et authentiquement africaines en voie de disparition »,un dialogue avec les femmes progressistes du continent n'entrait pas dans lechamp de leurs préoccupations[3]. Al'heure des bilans, on se rend compte qu'en dépit de sesprétentions à l'impartialité, « l'Histoire menttoujours d'une certaine façon, au moins par omission »[4].

La scolarisation des filles qui passa d'un niveau « pratique » etrudimentaire assuré par des congrégations à un enseignement permettant aux premièresAfricaines d'entrer à l'université au milieu du 20esiècle, témoigne, par exemple, d'un phénomèneévolutif encore mal connu. Même si les travauxde Pascale Barthélémy et quelques autres[5] sontsusceptibles de « révolutionner notre connaissance du sujet»[6], comme le suggère Catherine Coquery-Vidrovitch, il reste difficile dedéterminer l'influence de « l'école française» sur les changements d'attitudes et de comportements. Adame Ba Konaré écritpar exemple dans son Dictionnaire des femmes célèbres duMali:

    On monte à vélo, avec l'intention de choquer lasociété patriarcale [...] on va jusqu'à défier lachronique coloniale en conduisant, comme c'est le cas de Marguerite Bertrant,une voiture.
    Certaines femmes menèrent la lutte au sein de regroupements etd'associations à caractère syndical et apolitique,préoccupées qu'elles étaient par le progrès social[...]
    Quand arrive l'indépendance en 1960, les femmes constituentdéjà une force non négligeable même si, sur le planpolitique, on continuera à les maintenir dans une situationsubordonnée[7].

Quelle importance eurent les livres et l'écriture pour ces femmes ?Quelle importance eurent-ils pour les sages-femmes issues de l'Ecole africainede médecine et de pharmacie de Dakar créée en 1916 et pourles institutrices de l'Ecole Normale de jeunes filles de Rufisque, ouverte en1938 ? Il est difficile de le savoir, même si certaines de ces femmes semblentavoir été de grandes lectrices. A preuve ces quelques lignes del'autobiographie d'Aoua Kéita :

    Jusqu'à cette époque [1935] je lisais beaucoup, mais surtout desromans d'amour, des romans policiers et la presse médicale...[8]

Qu'une Africaine pût se déplacer à vélo, en auto oumême en avion – comme la journaliste camerounaise ThérèseBella Mbida (née en 1932) photographiée aux commandes de sonCessna[9] – n'était pas conforme àla norme. Que cette même Africaine aimât lire et manifestâtl'envie d'écrire paraissait tout aussi incongru. C'est sans doute pourcela qu'on ne s'est guère préoccupé d'unphénomène considéré alors comme marginal, etqu'aujourd'hui encore on ne sait quasi rien de ce qui a étéécrit en français par des Africaines pendant l'époquecoloniale. Rien, mis à part quelques textes épars et jugéssans intérêt « littéraire » au sens oùcertains définissent la littérature.

Certes ces documents sont souvent très courts mais ils n'en sont pasmoins des fragments illuminateurs de la société coloniale vued'un point de vue féminin et africain. Les lettres écrites parles adolescentes ayant fréquenté l'école coloniale, parexemple, témoignent du rôle nouveau des jeunes lettréesdans les relations familiales. Marie-Claire Matip (née en 1938) lemontre dans l'extrait suivant de son autobiographie :

    C'était moi qui m'appliquais à écrire les lettres àma tante de la ville. Maman me dictait ses idées et ce qu'elle avaità communiquer à sa sœur ; moi, j'arrangeais cela à mamanière et je relisais le tout quand j'avais fini d'écrire[10].

L'écriture représente aussi un moyen de communiquer directementdes sentiments très personnels à un ami ou à un amoureux.C'est le cas de ce billet adressé par une adolescente zambienne àson fiancé, dans les années 1920 :

    Quand je vais chercher l'eau au fleuve, je regarde cette eau qui vient delà où tu es, et je te vois devant moi. Tu es grand, pastrès noir, mais un peu rouge. Et je t'aime, je t'aime plus que ma robedu dimanche et que mon plat dans lequel je mange mon poisson...[11]

La correspondance de Juliette et Fred publiée dans un des premiersnuméros de Présence Africaine montre elle aussi larapidité avec laquelle l'écriture s'adapte pour répondreaux besoins personnels des jeunes femmes qui l'utilisent à leurgré. Dans ces lettres, une élève de l'Ecole primairesupérieure voulant devenir institutrice évoque sesactivités au jour le jour et déclare sa flamme à son ami,lui aussi élève instituteur[12] :

    J'ai pensé toute cette nuit. Dis, Fred, ce n'est pas le métierque j'aime en toi ; c'est toi-même, toute ta personne, ton cœur quej'ai toujours chéri. Je t'avais dit d'aller partout où tavocation t'appellerait. Tu es entré en Enseignement et cela m'avaitbeaucoup réjouie. Maintenant te voilà séparé de moipendant quatre ans. je t'aime et t'aimerai toujours tel que tu es ; si tuchanges de métier, tu ne changeras pas de cœur, je crois, cela nem'empéchera pas de t'aimer[13].
Un passage de l'autobiographie d'Aoua Kéita qui se situe en 1932souligne aussi l'importance des échanges épistolaires pour l'auteure. Sonfiancé Diawara a été envoyé par l'administrationdans une région très éloignée de celle oùelle habite – ce qui, dit d'Aoua Kéita, « était toutà fait normal pour des fonctionnaires autochtones sous le régimecolonial »[14]. Faute de pouvoir sevoir, ils gardent le contact en s'écrivant, ce qui ne passe pasinaperçu au village:
    – Non mon ami, répondit Baba Doucouré, commis des Postes [...]. A chaque courrier il y a une correspondance dans les deux sens. C'est moi-même qui me fais le plaisir d'apporter à mademoiselle les lettres[15].

Combien de lettres écrites par Aoua Kéita et d'autres ont-ellessurvécu ? Combien de pétitions adressées au Gouverneur descolonies comme celles de la Sénégalaise N'della Sey demandant en1919 puis en 1920 la libération conditionnelle de son filscondamné à trois ans de prison ?[16] Combien de textes sollicités par des enseignants– missionnaires ou laïques – ont-ils échappé au sort destravaux d'écoliers ?[17] Combien depoèmes ? de récits autobiographiques comme celui d'une Togolaiseanonyme, publié dans l'hebdomadaire Dakar-Jeunes en 1942 sous letitre « Je suis une Africaine...J'ai vingt ans »[18] ou aussi celui de la Camerounaise Marie-Claire Matippublié en 1958 ?[19] La réponseest simple : personne ne le sait vraiment[20].

Pour remonter à lasource de la littérature noire africaineécrite au féminin, il faut quitter l'univers de l'Empire colonial français etregarder ailleurs.

La première écrivaine noire africaine à avoirpublié un livre s'appelle Phillis Wheatley.Née en 1753 en Afrique de l'Ouest, elle fut arrachée à sa terre natale àl'âge de sept ans ou huit ans, transportée aux Etats-Unis et vendue commeesclave à John et Susanna Wheatley qui la surnommèrent Phillis,du nom du bateau sur lequel elle avait été transportée enAmérique. Dotée d'une intelligence remarquable, Phillisapprit l'anglais en un temps record. Encouragé par Madame Wheatley et sa fille, la jeune esclave se lança alors dans l'étude des textes canoniques de son époque et commença à écriredes poèmes.Agée de vingt ans à peine, elle devint la première femmenoire à publier un ouvrage littéraire[21]. Henry Louis Gates, Jr, un des préfaciers de laréédition de ses œuvres deux siècles plus tard, rendcompte du caractère unique et tout à fait exceptionnel del'événement :

    La naissance d'une tradition littéraire afro-américaine remonteà 1773, date à laquelle Phillis Wheatley publia un recueil depoésie. Cet ouvrage valut une attention considérable à sonauteur et le chemin qui conduisit Phillis Wheatley chez l'imprimeur ne manquapas d'embûches : dans le courant de 1772 [...] dix-huitpersonnalités éminentes de la ville de Boston furentréunies pour interroger l'adolescente africaine au sujet d'une petitecollection de poèmes qu'elle prétendait avoir écritselle-même. [...] Peut-être lui demanda-t-on de fournir de plusamples informations sur les poètes et sur les dieux grecs et latinsauxquels ses poèmes faisaient allusion. Peut-être lui demanda-t-onde conjuguer un verbe en latin ou de traduire quelques passages choisis auhasard pour vérifier les dires de son Maître John Wheatley quiprétendait qu'elle avait fait de bons progrès en lamatière ? Ou peut-être, lui demanda-t-on de réciterquelques passages clé de John Milton et d'Alexandre Pope, deuxpoètes par qui la jeune Africaine prétendait avoirété influencée ? De fait, on ne sait pas. Ce que l'onsait, par contre, c'est que les réponses proposées par lapoète africaine furent plus que suffisantes pour que les dix-huitaugustes examinateurs acceptassent d'écrire et de signer une «Attestation » et une Lettre ouverte au public dans laquelle ilscertifièrent [...] que Phillis, la petite esclave Nègre [...]avait des connaissances voulues pour être l'auteur de ses textes[22].

Influencée par son entourage, Phillis Wheatley partagea toutnaturellement les préoccupations culturelles et religieuses de safamille d'accueil, et elle fut influencée par le néoclassissismeet les philosophes anglais de son époque. Les titres des poèmesde son recueil intitulé Poems on various subjects, religious andmoral témoignent de l'étendue des connaissances acquiseschez les Wheatley et de son érudition: « To Maecenas »,« On Virtue », « To the University of Cambridge, inNew-England », « On the Rev. Dr. Sewell », « On theDeath of a young Lady of five Years of Age », etc. Cettefamiliarité avec la culture occidentale ne signifie cependant pas quePhillis Wheatley se désolidarisa du sort de ses compagnons d'infortune -les milliers d'esclaves privés comme elle de leur liberté -. Unepartie de sa correspondance et certains de ses poèmes le montrent. Lepoème « De la transplantation d`Afrique en Amérique »souligne par exemple l'influence religieuse du milieu de la narratrice sur samanière de penser, certes, mais il montre aussi que l'auteure ne reniepas ses origines et interpelle ceux de ses coreligionnaires qui professent desthéories racistes essentialistes et attribuent aux Noirs des taresrédhibitoires :

    La chance m'arracha à ma terre païenne,
    Et apprit à mon âme jusqu'alors béotienne
    Qu'il y a un Dieu, qu'il y a un Sauveur :
    De la rédemption j'ignorais le bonheur.

    D'aucuns jugent les Noirs d'un dédaigneux regard :
    « Leur couleur est du diable le terrible étendard ».
    Souviens toi, Chrétien, qu'un Nègre aussi noir que Caïn
    Plus raffiné devient, quand au cortège des anges il se joint[23].

On a peine à comprendre pourquoi l'œuvre de la premièreécrivaine noire demeure quasiment inconnue, en Afrique comme en Franceet dans le reste du monde où elle n'a jamais fait l'objet d'uneréédition grand public. Pourquoi lebicentenaire de sa naissance – en 1753 – et celui de sa mort – en 1784 – n'ontpas donné lieu à de très officiellescérémonies du souvenir accompagnées d'un florilèged'études sur ses écrits ? Pourquoi, plus de deux sièclesaprès la sortie de presse du premier livre publié par uneSénégalaise en Amérique, cet ouvrage et la correspondancede l'auteure n'ont toujours pas été traduits enfrançais ? L'idéologie négrophobe et le sexisme qui,depuis des siècles, mènent le monde en général etla France en particulier n'y sont peut-être pas étrangers[24].

Absentes du 18e siècle, les écrivaines africainesd'expression française le sont aussi du 19e siècle[25]. Il serait par exemple intéressantd'en savoir plus sur la jeune Sénégalaise Anne Florence quisemble avoir été envoyée en métropole pour parfaireson éducation et mourut en France en 1836. A-t-elle laissé unetrace écrite de son séjour en France ?[26] Peut-être, mais pour l'heure, faute de documents,c'est vers d'autres pays et d'autres langues qu'il faut se tourner pourévoquer les auteures d'origine africaine de cette époque. Vers leBrésil, par exemple, où Maria Firmina dos Reis publieUrsula en 1859 (un ouvrage écrit en portugais qui n'a jamaisété traduit)[27]. Ou vers lesEtats-Unis où Harriet E. Wilson publie la même année unroman intitulé Our Nig; or, Sketches from the Life of a FreeBlack (un ouvrage écrit en anglais qui n'a pas ététraduit non plus)[28].

En Allemagne, on trouve l'un des textes les plus intéressants de cetteépoque : l'autobiographie de la fille du Sultan de Zanzibar, laPrincesse Emily Ruete-Saïd (née en 1844). Cet ouvrageintitulé Memoiren einer arabischen Prinzess [Mémoiresd'une Princesse Arabe] fut publié en 1886[29]. L'auteure y raconte sa vie et lesévénements qui la conduisirent du palais de son père,où elle passa son enfance, à Hambourg où elle retrouval'homme d'affaires qu'elle avait épousé en 1866 à Adenavant de prendre le nom d'Emily Ruete-Saïd.

Mémoires d'une Princesse Arabe évoque la jeunesse del'auteure, l'animation permanente du Palais de Bet il Mtoni, et les momentsheureux passés en compagnie de ses parents. L'ouvrage n'omet pas nonplus les moments difficiles, les intrigues, le différend de lanarratrice avec son frère Bargash à la mort de leur pèreet l'ingérence de l'Angleterre dans la politique intérieure dupays. Connaissant bien les cultures africaine, arabe et européenne,Emily Ruete-Saïd propose une comparaison inédite des valeurs, de laculture et de la manière de vivre des Africains et des Européensde son entourage, c'est-à-dire des personnes issues de son milieud'origine et de son milieu d'adoption. Il est fascinant de découvrir lepoint de vue d'une Africaine « parachutée » au cœur del'Europe au milieu du 19e siècle car les souvenirs qui jaillissent de samémoire donnent lieu à des réflexions critiques etinédites sur la condition de la femme en Allemagne et à Zanzibar.Inutile de dire qu'elle ne partage en rien l'idéologie coloniale quiavait érigé en dogme la supériorité de la cultureoccidentale et sa « mission civilisatrice ». Un exemple :

    A l'âge de six ou sept ans, tous mes frères et sœurs, sansexception, devaient commencer l'école. Pour nous, les filles, seull'apprentissage de la lecture était obligatoire alors que lesgarçons devaient aussi apprendre à écrire. [...] Lesleçons avaient lieu sur une véranda ouverte à tous lesvents et où les pigeons, les perroquets, les paons et les oiseauxavaient libre accès [...]. Notre premier devoir était d'apprendrel'alphabet arabe qui est compliqué, après quoi nous commencionsà pratiquer la lecture du Coran, le seul livre que nouspossédions [...].
    En plus de la lecture et de l'écriture, on nous enseignait un peu decalcul [...]. Peu d'attention était accordée à lagrammaire et à l'orthographe. Quant à l'histoire, lagéographie, la physique et les mathématiques, je ne fisconnaissance de ces sujets d'étude qu'en arrivant ici. Reste àsavoir si le maigre savoir que j'ai laborieusement acquis ici au termed'efforts considérables a amélioré mon sort. La questionde savoir si ma situation est maintenant préférable àcelle de mes amies demeurées en Afrique reste ouverte. Toutefois, jepeux affirmer sincèrement que je n'ai jamais été aussiaffreusement trompée et inquiétée que depuis que j'aiacquis les plus précieux trésors de la connaissanceeuropéenne. Bienheureux, vous qui ne pouvez imaginer ce qui est commisavec l'exaltation au nom de la civilisation[30].

L'absence de textes publiés par des Africaines d'expressionfrançaise au 19e siècle se poursuit au 20e. Au terme de plus d'unsiècle d'occupation et d'« aide au développement »imposés par Paris à ses colonies, on serait en mal de citer unseul ouvrage d'envergure publié par une écrivaine africaine« francophone » pendant l'ère coloniale. Personneapprochant la notoriété de la militante féministesierra-léonaise Casely-Hayford (1868-1960)[31] ou la persistance épistolaire de l'herboriste etguérisseuse sud-africaine Louisa Mvemve qui entretint un volumineuxcourrier avec le gouvernement au cours des années 1910-20[32]. Personne ! Et les témoignages ultérieursconcernant cette époque n'ont été publiés qu'aucompte-gouttes. Un exemple en illustrera cent : seul le premier des neufouvrages écrits par la Guinéenne Sirah Baldé deLabé a été publié à ce jour, et encoreà compte d'auteur[33]. Pourtant letémoignage de cette pionnière de l'enseignement de la languefrançaise de sexe féminin dans l'ancien royaume peul duFouta-Djalloo, « alors sous protectorat de la France », estcapital.

Seul un tout petit nombre d'ouvrages publiés après 1960 rappelleles activités, les luttes et la manière de voir le monde desAfricaines « francophones » qui ont vécu la colonisationpendant la première moitié du 20e siècle. L'autobiographieMy Country Africa autobiography of the Black pasionaria[34] publiée en 1983 par Andrée Blouin(née en 1921) est du nombre.

Ce texte d'une Africaine d'expression française, publiécurieusement en anglais – et jamais traduit en français – permet derelever un certain nombre de partis pris qui vont au cœur del'idéologie coloniale française et expliquent en partie lapauvreté du matériel concernant les femmes relevé plushaut. Par exemple, ce n'est pas par hasard qu'une Américaine aida latrès « francophone » Andrée Blouin àécrire l'histoire de sa vie – dans une langue qui n'était pas lasienne – au début des années 1980. Contrairement à laFrance où l'absence des Africaines dans le monde littérairen'avait pas encore été remarqué, l'Amérique desannées 1960 et 1970 prenait conscience du fait qu'il était tempsde rendre la parole aux femmes noires d'origine africaine afin qu'ellespuissent raconter leur histoire elles-mêmes. Comme le souligne Mary HelenWashington :

    S'il existe un trait caractéristique de la littérature des femmesnoires – et cela explique qu'elle ne soit pas reconnue – c'est ceci: leurécriture parle de la femme noire ; elle se donne la peine d'enregistrerles pensées, les manières d'agir, de parler et de sentir leschoses des femmes noires qui font du fait d'être noire enAmérique, une expérience très différente de celleécrite par les hommes[35].

Pour l'Amérique, l'heure était arrivée de secouerl'establishment littéraire et de réhabiliter un discoursféminin qui avait été ignoré pendant deuxsiècles. En France, tout au contraire, on restait fermementattaché à l'idée d'une littératureindépendante des contingences, des inégalités, desproblèmes de genres et du monde « réel ». La critique des premiersromanciers africains proposée par la Franco-SénégalaiseCatherine N'Diaye (née en 1952) en offre à la fois l'esprit etl'illustration :

    Nos écrivains croyaient souffrir d'un manque, dit-elle. Ils ont cruqu'ils avaient le devoir de répondre à un besoin – de boucher uncreux [... mais] l'art ne saurait jamais naître d'un manque trivial[36].

Face au silence étourdissant qui s'élevait d'un universlittéraire qui les avait longtemps ignorées, les intellectuellesnoires anglophones changeaient les règles du jeu alors que lesfrancophones essayaient de s'y conformer sans vraiment remettre en cause la« triviale » absence de leurs aïeules à quil'école coloniale n'avait guère offert l'occasion de dissertersur la suprématie de l'art.

Andrée Blouin, fille d'un commerçant français et deJoséphine Wouassimba d'origine Banziri, n'avait pas sa chance dansl'univers des lettres françaises. Elle s'était engagéedans le Rassemblement Démocratique Africain [RDA] en Guinée puisétait devenue une figure de proue du mouvement indépendantistecongolais aux côtés de Lumumba dans les années 1960, maisl'éducation qu'elle avait reçue dans le couvent de Brazzavilleoù elle fut enfermée par son père à l'âge detrois ans pour n'en ressortir qu'à dix-sept, ne lui permettaitcertainement pas d'écrire ses mémoires en « converti[ssant]le manque d'être jusqu'à le rendre méconnaissable »pour reprendre une formule de Catherine N'Diaye[37]. Sans les bons offices de Jean MacKellar, personne neconnaîtrait aujourd'hui l'histoire et la destinée exceptionnellesde la petite fille métisse arrachée à sa mère etincarcérée dans un couvent-prison avec le matricule no 22 en1924[38].

A l'époque où Andrée Blouin est confiée aux «bons » soins des Religieuses, le Congo, la Belgique, l'Oubangui, laFrance, et le reste du monde colonial vivent au gré des convenances etdes dichotomies qui ont dominé la première moitié duvingtième siècle: "Noir - Blanc", "Métropole - Colonie","évolué - primitif", etc. Les mythes fondateurs de l'idéalcolonial en appellent à l'homogénéité des masses,à la supériorité du colonisateur et à laségrégation des races. Comme le montre Odile Tobner dans sonouvrage Du racisme français, quatre siècles denégrophobie, « le XIXe siècle va voir proliférerles théories racistes à prétentions scientifiques [et] lebêtisier raciste s'ornera alors des plus grandes signatures »[39] : Paul Broca, Andress Retzius, GeorgesVacher de Lapouge, Ernest Renan, Jules Ferry, Joseph Arthur de Gobineau -auteur de l'Essai sur l'inégalité des races humaines[40] – tous, et bien d'autres dans leursillage, s'appliquent à prouver la supériorité del'Européen sur l'Africain et, au début du 20e siècle, pluspersonne n'en doute.

La suprématie de la race blanche imposée par les armes etconfirmée par la science devient un dogme. Pour le grand public, c'est« un fait incontestable » qui non seulement justifie l'actioncoloniale mais fait aussi du développement des colonies unenécessité politique et morale. Cette vision a donnénaissance à des mythes encore bien vivaces, entre autres les concepts de« Coopération » et de « Francophonie », et elleconforte l'attitude des colons envoyés en Afrique pour y «civiliser » – maintenant on dit « aider » – les Africains.L'attitude du père d'Andrée montre toutefois l'espace quisépare le discours officiel de sa mise en application au début du20e siècle. D'abord, la présence de Pierre Gerbillat au Congo n'arien d'altruiste. Elle s'explique par son intention de « faire fortunedans la jungle encore inexplorée d'Afrique noire »[41]. Ensuite, sa conduite n'a rien d'édifiant. «Epouser » une fille à peine pubère lors de son passage dansun village reculé d'Oubangui-Chari – alors qu'il est déjàfiancé avec une jeune femme belge qui le rejoindra quelquesannées plus tard – en dit long sur ses principes et sa moralitéqui n'ont rien d'exemplaires. Son sens des responsabilités n'estd'ailleurs guère plus développé car il n'hésite pasà arracher la petite Andrée à sa mère pourl'abandonner chez les Sœurs missionnaires chargées de faire payeraux filles nées trop blanches « la faute » de leurpère.

L'arrachement d'Andrée Blouin à sa famille maternelle à untrès jeune âge, son éducation rigide chez les Sœurs etses relations intimes avec un certain nombre de colons belges etfrançais sont tout à fait conformes à la logiquecoloniale. Ce qui ne l'est pas, c'est que Mme Blouin ait fini paréchapper à ce parcours tracé d'avance parl'autorité et qu'elle soit devenue une militante aux côtésde Sékou Touré puis de Lumumba. Comme elle le souligne dans sonautobiographie :

    Pendant plusieurs années [...] je fus incapable de participer àla lutte africaine pour l'autodétermination. Je ne pouvais pas vaincrela résignation que m'avaient inculquée les Sœurs. Jem'inclinais, je me taisais, je m'enfermais dans la morne passivité desautres femmes de ma race.
    Ce n'est qu'après avoir été mariée deux fois -ironiquement les deux fois avec un homme blanc – que j'ai trouvé uncertain équilibre et le courage de m'impliquer dans une cause auxcôtés des miens. Seulement à ce moment là fus-jecapable de transcender mon héritage noir et blanc et de devenir plus quel'image stéréotypée de chacun d'eux et d'êtresimplement une femme, un être humain. Ce fut à ce moment que jedécidai de donner ma vie pour la lutte des Noirs[42].

« Donner sa vie » doit être ici interprété ausens littéral car lors du Référendum organisé parla France, les membres du RDA recommandant de voter « Non », furentnon seulement la proie « de vexations, de provocations et de tentativesd'intimidation », mais Mme Blouin fut également victime de deuxtentatives d'assassinat organisées par des agents français[43]. Elle continua d'ailleurs àêtre persécutée par la France après la victoire duRDA aux élections législatives et fut contrainte de quitter laGuinée, son mari ayant été démis de son poste etmis en disponibilité suite aux pressions exercées par leGouverneur Ramadier. Le gouvernement français s'en prenait au mari pourfaire taire la femme, comme ce fut le cas de Madame Bonnetain, victime dumême procédé un demi-siècle auparavant[44]. On comprend dès lors mieux qu'iln'ait pas été dans l'intérêt de Paris d'encouragerla publication d'un témoignage qui aurait permis aux Français derevisiter l'histoire de ses colonies et de reconnaître les excèsqu'on y avait commis. Le témoignage de Mme Blouin était d'autantplus accablant que son engagement ultérieur aux côtés deLumumba se termina lui aussi par un des épisodes les plusinfâmants de la colonisation, le meurtre de Lumumba par des agents belgeset l'expulsion définitive de la famille Blouin du Congo.

Si Andrée Blouin attribue au charisme de Sékou Touré sadécision de se lancer en politique, quelques moments forts de sa viel'avaient sensibilisée à l'oppression coloniale bien avantqu'elle ne rencontrât le leader guinéen : d'abord, à l'aubede ses huit ans, elle fut traumatisée, dit-elle, par le spectacle decentaines d'hommes défilant devant les grilles du couvent,enchaînés, sanglants et brutalisés par leurs gardes quimaniaient allégrement la chicotte. Dix ans plus tard, alors qu'elleaccompagne son nouvel ami Roger sur les routes du Congo,émerveillée par le confort dont s'est entouré le jeunehomme qui a même un petit réfrigérateur pour son cognac etson eau Perrier, elle est ramenée à la dure réalitédu monde colonial et aux images qui avaient hanté son enfance. Lesinterminables files d'hommes à moitié nus chargés dumaintien des routes sous la surveillance de Noirs en uniformes, armés deleurs terribles chicottes, offrent un spectacle pour elle insoutenable. Lesfemmes et les enfants transportant terre et pierraille ajoutent encore audécor misérable qui lui arrache des larmes ; mais, comme dix ansauparavant lorsqu'elle était chez les Sœurs, elle se sent toutà fait démunie et impuissante à faire quoi que ce soit. Acet apprentissage impitoyable de la misère des autres, s'ajoutent leshumiliations qu'on lui inflige, à elle, en lui rappelant à toutmoment que, bien qu'elle soit blanche de peau, elle reste « unenégresse » : on l'expulse du Cinéma Athenakis, certainscommerçants refusent de lui vendre des articles réservésaux Blancs, d'autres l'insultent. Rien ne lui permet d'oublier le terriblerégime d'apartheid mis en place par l'Europe dans ses coloniesafricaines. Au cœur de cet univers déshumanisé,l'épisode le plus douloureux, celui qui a peut-être le pluspesé dans sa décision de s'engager dans l'action politiquelorsque l'occasion se présenta, fut la mort de son fils, victime d'unaccès de malaria qui l'emporta car les autorités refusaient qu'onlui fît les piqûres de quinine qui lui aurait sauvé la vie,sous le prétexte qu'il était « noir ».

L'engagement politique d'Andrée Blouin n'est de loin pas un casisolé et son origine n'est guère différente de celle desnombreuses militantes africaines de l'époque coloniale quimanifestèrent au nom du droit et de la justice sociale. L'opusculed'Henriette Diabaté relatant La marche des femmes surGrand-Bassam (publié en 1975) en témoigne. Cet ouvrageévoque l'un des épisodes les plus spectaculaires de la luttemenée par les femmes contre les abus de l'autorité coloniale.Suite à l'arrestation des responsables du RDA en 1949 et leurdétention arbitraire pendant de longs mois sans qu'ils fussentjugés, des milliers de femmes se rendirent d'Abidjan àGrand-Bassam où les prisonniers avaient étéincarcérés et avaient entamé une grève de la faimafin d'exiger leur libération[45].Déjouant les mesures prises par le Gouverneur, les barrages de police etles déploiements militaires mis en place pour les empêcher demanifester, les militantes se retrouvèrent en masse aux portes de laprison mais le Procureur refusa de les rencontrer et finit par envoyer sesgendarmes et ses gardes de cercle pour les disperser. Parmi les rarestémoignages légués à la postérité parune femme, celui de Mami Landji N'Dri rend compte de ces journéesterribles :

    Etant donné la tournure que prenaient les événements, etcraignant d'être débordé, le commissaire avaitdemandé du renfort à Abidjan, deux pelotons de gardes et lescapitaines de gendarmerie Maillet et Lemoine arrivèrent vers dix heures.Ils allèrent renforcer, côté prison, la garnison quijusqu'à présent n'avait rien fait d'autre que de tenir les femmesen respect.

    « Soudain il y eut un remue-ménage, une ruée demilitaires... Au fond de moi-même je pensais : c'en est fait de nous,nous allons être fusillées. » [...] Le Blanc nous parla unefois de plus : « Je vous ai dit de déguerpir. [...] Allez-vous en! ». Nous ne bougions pas. [...] Après la troisièmesommation il sortit son sifflet et appela des gardes. [...] Le Blanc donna desordres et les militaires commencèrent à nous repousser avec lacrosse de leurs fusils. [...] les coups de chicotte pleuvaient et nouspoussions des cris [...]. Nous fûment refoulées jusqu'au pont. Ilétait environ midi.
    Le service d'ordre après avoir retiré les quarante gendarmes etles vingt gardes de cercle, lança des grenades lacrymogènes surles femmes rassemblées au carrefour d'Impérial. [...] une femmebaoulé nanafoué reçut du gaz dans les yeux : elle devaitdevenir aveugle par la suite ; beaucoup de femmes eurent le corps couvert decloques[46].

Ce fut donc blessées, déçues et ulcérées quedes milliers de femmes s'en retournèrent chez elles sans avoirréussi à obtenir la libération des dirigeants duRassemblement Démocratique Africain [RDA] qui furent finalementjugés – et certains libérés – au début de 1950.Paris avait gagné mais comme devait le rappeler M. Koffi Gadeau au coursdu 5e Congrès du PDCI-RDA, « plus que les hommes dont quelques-unsétaient prêts à tourner casaque, les femmes de Côted'Ivoire donnèrent le spectacle le plus probant de leur maturitépolitique et de leur combativité »[47].

L'autobiographie de la Malienne Aoua Kéita Femme d'Afrique. La vied'Aoua Kéita racontée par elle-même (publiée en1975) témoigne elle aussi de la force de caractère et de ladétermination de la narratrice. Unique dans l'univershistorico-littéraire d'expression française, cet ouvrage soulignel'engagement d'une Africaine dans la vie sociale et politique de son paysà l'époque coloniale. Aoua Kéita est née en 1912 auMali. Contre l'avis de sa mère, son père décida del'envoyer à la première école des filles de Bamako ouvertepar l'administration coloniale. Sa facilité lui permit d'entrer ensuiteà l'Ecole de Médecine de Dakar d'où elle sortit sage-femmediplômée en 1931[48].Affectée à Goa, elle ne tarda pas à établir desliens amicaux avec les femmes qu'elle accouchait et qui venaient la consulterpour toutes sortes de problèmes gynécologiques. En 1935, elleépousa M. Diawara. Comme elle le relève dans son ouvrage, c'estau contact de ce dernier qu'elle commença à s'intéresserà la politique :

    Les femmes n'avaient pas encore obtenu le droit de vote. Malgré cela,Diawara me faisait toujours part de ses prises de position ce qui me permit dem'intéresser un peu à la politique. Avec lui, j'aicommencé à suivre d'assez loin le déroulement desévénements qui opposèrent l'Empire d'Ethiopie avec lesItaliens. Avec lui j'appris à connaître et à condamner lesagresseurs[49].

Dix ans plus tard, Aoua Kéita et Diawara s'engagent à fond dansles activités de l'Union Soudanaise du Rassemblement DémocratiqueAfricain [USRDA]. Tous deux refusent les avantages financiers que leurproposait l'administration française et deviennent une menace pour legouvernement et les Européens confortablement installés dansleurs privilèges:

    Mes clientes européennes qui étaient devenues mes amies, dit AouaKéita, commencèrent à prendre leurs distances. [...] Unjour Mme Thomas, épouse du technicien chargé de la petite usinede fabrique d'huile et de savon me dit :« Madame Diawara, je pense que vous devriez faire attention. Vous aviezbeaucoup d'amis parmi l'élément européen à cause devotre compétence et de votre gentillesse. En ce moment votrepopularité diminue ainsi que celle de votre mari [...]. Cela àcause de vos activités politiques, c'est vraiment dommage. »[50].

Les menaces et les mutations disciplinaires qui s'en suivirent nediminuèrent en rien les activités de militante d'AouaKéita. En 1957, elle créa un mouvement intersyndicalféminin qu'elle représenta au Congrès constitutif del'Union générale des travailleurs d'Afrique noire. L'annéesuivante elle fut nommée membre du comité constitutionnel de laRépublique soudanaise.

Si l'autobiographie d'Aoua Kéita dépeint les abus del'autorité coloniale, elle souligne aussi la difficulté desAfricaines progressistes de sa génération à faireévoluer les attitudes de leurs compatriotes. Un passage évoquantson arrivée dans un petit bureau de vote, le jour des électionsdu 8 avril 1959, illustre l'animosité de certains face aux nouveauxpouvoirs octroyés aux femmes :

    Le chef de village, un ancien combattant de l'Armée française mereçut en hurlant en français, bambara et mianka :
    « Sors de mon village, femme audacieuse. Il faut que tu sois nonseulement audacieuse mais surtout effrontée pour essayer de te mesureraux hommes en acceptant une place d'homme. Mais tu n'as rien fait. C'est lafaute des fous dirigeants du RDA qui bafouent les hommes de ce pays en faisantde toi leur égale. Hé ! population de Singné, vous voyezça ? Koutiala, un pays de vaillant guerriers, de grands chasseurs, decourageux anciens combattants de l'Armée française, avoir unepetite femme de rien du tout à sa tête ? Non, pas possible...[51].

De plus, un engagement politique ou professionnel était souventdifficile à concilier avec les exigences de la famille, pour laquelled'autres obligations étaient prioritaires. Par exemple, AouaKéita est contrainte de se séparer de son mari aprèsplusieurs années de mariage car elle ne peut pas avoir d'enfants et sabelle-mère harcèle son fils pour qu'il prenne une seconde femme.Sommé de choisir entre sa femme et sa mère qui menace de lemaudire « même dans la tombe » s'il ne prend pas une autreépouse capable de lui donner des enfants, Diawara choisit d'obéirà sa mère. Il est intéressant de noter que l'on retrouveune situation très similaire dans le roman Une si longue lettrede la Sénégalaise Mariama Bâ (née en 1929) qui metelle aussi en scène un mari cédant aux injonctions de samère, et épousant une seconde femme, ce qui précipite ledépart de la première[52]. Uneinterview d'Annette Mbaye d'Erneville (née en 1926), journaliste puisdirectrice des programmes à l'office de radiodiffusion duSénégal laisse également deviner les difficultésfamiliales qui guettent les intellectuelles de sa génération :

    Durant mon séjour à Diourbel, j'ai écrit de nombreuxmanuscrits qui sont encore inédits. Cette période aété une époque féconde sur le plan intellectuel. Jen'étais pas heureuse en ménage. Je me sentais très seule.[...] J'écrivais pour sortir de mon isolement. Ecrire était unesorte d'évasion...[53]

On retrouve là, l'écho des propos d'Aoua Kéita :

    [...] la vie solitaire me fut difficile à supporter. [...] Les heuresnon ouvrables et une bonne partie de mes nuits étaient consacréesà la lecture, au jardinage, au tricotage, à la couture, car ilfallut reprendre toutes mes robes qui étaient devenues trop larges[54].

Au cours de la génération suivante, d'autres femmes poursuiventl'œuvre amorcée pendant la première moitié du 20esiècle et accèdent aux plus hautes fonctions gouvernementales. LaCamerounaise Delphine Zanga Tsogo (née en 1935) n'est qu'un exempleparmi d'autres. Tout comme Aoua Kéita, elle est infirmière etdoit son ascension politique à son travail de militante dans lesassociations féminines de son pays. Aussi, dit-elle, son meilleursouvenir est associé à l'immense joie exprimée par lesfemmes de son entourage le jour de sa nomination comme Ministre, en 1975. Sonroman L'oiseau en cage montre que si les mentalités changent, lesIndépendances sont loin d'avoir éliminé d'un coup debaguette magique, les difficultés auxquelles avaient dû faire faceles femmes de la génération précédente.Officiellement, les colonisateurs ont quitté l'Afrique mais le sexismen'est pas mort et nombreux sont les Africains qui continuent à yaffirmer qu'en voulant être l'égale de l'homme, la femme sembleoublier le « dessein de Dieu [qui] dans sa sagesse infinie, n'a paspensé créer l'homme et la femme égaux »[55]. En dépit des idéesprogressistes qui s'installent, plus d'un mari continue à affirmer quequels que soient leur niveau d'instruction, leur travail, leur revenu et leurdésir d'indépendance, les épouses doivent se souvenir que« la subordination de la femme est une loi antique qui constitue la basede notre édifice social. »[56].

De Tilène au Plateau. Une enfance Dakaroise, l'autobiographie deNafissatou Diallo (née en 1941), est intéressante à cetégard car elle offre une vision différente de lasociété traditionnelle du début du 20e siècle quedépeignent les auteures précédentes. Elle montre d'abordque si la famille africaine de l'époque coloniale accordait aupère et au mari un pouvoir exorbitant par rapport à celuioctroyé à sa femme, la société africaine nemanquait pas de personnalités féminines « traditionnelles» dotées d'une influence considérable. La mère deDiawara obligeant son fils à prendre une nouvelle femme en offrait déjàl'exemple. Mame, la grand-mère de Nafissatou Diallo chargée del'éducation de sa petite-fille depuis la mort de sa mère, enfournit un autre :

    Avec Mame nous n'avions jamais faim, étant assurés de trouverà grignoter dans sa réserve que nous connaissions tous, etqu'elle ne défendait pas.
    Généreuse d'ailleurs, elle n'avait que trop de « petitsfils », orphelins, mendiants, étrangers démunis, àhéberger, habiller nourrir à nos dépens. Mon pèreet mes oncles désapprouvaient ses extravagances, mais devant sadétermination, ils pliaient.[57]

Ensuite, l'autobiographie de Nafissatou Diallo montre que la rencontrede différentes cultures et l'apprentissage de la différence n'estpas forcément source de drames ou de choix cornéliens. Lanarratrice, qui a perdu sa mère très jeune, vit dans une largefamille établie à Dakar depuis plusieursgénérations. Très attachée à sagrand-mère et à son père, Nafissatou Diallo décritson enfance puis son adolescence au sein d'un milieu familial chaleureux. Ellen'a que compliments pour l'éducation dont elle abénéficié, tant à l'école françaisequ'à la maison. Soutenue par sa famille, bien intégréedans la société qui l'entoure et soucieuse d'en respecter lestraditions et ses devoirs religieux, elle n'éprouve aucunedifficulté à se plier aux exigences de l'école colonialeet à assimiler les coutumes françaises dans la foulée.

Cela ne signifie pas pour autant qu'elle abandonne son identitésénégalaise. Comme Aoua Kéita et Delphine Zanga Tsogo,Nafissatou Diallo devient infirmière, se marie et ses stagesterminés, elle commence à travailler comme sage-femme etpuéricultrice tout en s'occupant de sa famille et en élevant sesenfants, mais à l'inverse des sages-femmes citées plus haut, ellene fait pas figure de femme à la destinée exceptionnelle. Ellerentre dans le rang, pourrait-on dire, et illustre à merveillel'Africaine de la seconde moitié du 20e siècle qui a pris en mainnon seulement sa destinée mais aussi, dans la foulée, celle ducontinent et qui navigue à vue entre les écueils semés surson chemin par la modernité aussi bien que par la tradition.

Le roman d'inspiration autobiographique d'Amina Sow Mbaye (née en 1937)intitulée « Mademoiselle »[58] reflète la même approche. L'ouvrage raconte les débuts de la carrièred'enseignante d'Aïda, une jeune Sénégalaise qui vient definir sa formation d'institutrice. Envoyée dans un gros village au Norddu Sénégal, elle adapte ses méthodes d'enseignement auxbesoins des élèves qui lui sont confiés et organise denouvelles activités pour les jeunes telles que le scoutisme et lebasket-ball. Comme Nafissatou Diallo, le personnage semi fictif du romand'Amina Sow Mbaye se marie vers l'âge de vingt ans, continue sa formationprofessionnelle et s'intègre sans heurts dans la fonction publiqueoù l'attend « une nouvelle vie très laborieuse [...]partagée entre son rôle de femme, de mère et de chef deservice »[59]. Ce qui faisait figured'exception à la génération précédente esten passe de devenir la norme même si cette évolutionéchappe une fois de plus au regard figé de la France sur lesfemmes africaines.

La colonisation a voulu que les plus grandes plumes des lettresfrançaises de l'ère coloniale se soient égaréesdans les eaux troubles du racisme, qu'elles aient achoppé auxmêmes clivages et ressassé les mêmes imagesstéréotypées de l'Afrique et des Africaines. Il est tempsde revisiter les archives et d'en ressortir les documents concernant les femmesqu'une vision étroite de la littérarité « àla française » nous a permis trop longtemps d'ignorer.

Jean-Marie Volet          
2008          

Vivre en marge des conventions. La face cachée du monde colonial africain au 20e siècle.


Notes
[1] Marie Rodet. « Réflexions surl'utilisation des sources coloniales pour retracer l'histoire du travail desfemmes au Soudan français (1919-1946) ». Etudesafricaines / état des lieux et des savoirs en France. 1re Rencontre duRéseau des études africaines en France, novembre 2006,Paris.
[http://www.etudes-africaines.cnrs.fr/ficheateliers.php?recordID=46][Consulté le 16 novembre 2007].

[2] Pape Momar Diop. « L'enseignement dela fille indigène en AOF, 1903-1958 », in AOF :réalités et héritage. Sociétés ouestafricaines et ordre colonial 1895-1960. Dakar: Direction des Archives duSénégal, 1995, pp.1081-1096.[http://tekrur-ucad.refer.sn/article.php3?id_article=91]. [Consulté le15 janvier 2008].
A noter aussi l'article de Pascale Barthélémy« Instruction ou éducation ? La formation des Africaines àl'Ecole Normale d'institutrices de l'AOF de 1938 à 1958 ».Cahiers d'études africaines169-170, 2003.
[http://etudesafricaines.revues.org/document205.html] [Consulté le 16janvier 2008].

[3] Voir par exemple les premièresrecherches de l'ethnologue Denise Paulme dont la vie et l'œuvre sontesquissées par Alice Byrne dans La quête d'une femme ethnologueau cœur de l'Afrique Coloniale. Denise Paulme 1909-1998 (n.d.)[http://sites.univ-provence.fr/~wclio-af/numero/6/thematique/chap1Byrne.html][Consulté le 12 janvier 2008].

[4] Odile Tobner. Du racisme français.Quatre siècles de négrophobie. Paris : Les Arènes,2007, p.258.

[5] Voir entre autres Pascale Barthélémy. Femmes, africaines etdiplômées : une élite auxiliaire à l'époquecoloniale. Sages-femmes et institutrices en Afrique occidentalefrançaise (1918-1957), thèse de doctorat d'histoire,Université Paris 7-Denis Diderot, 2004, 945 p.

[6] Catherine Coquery-Vidrovitch. «African Studies in France ». H-AFRICA Africa Forum, 27 August2001. [http://www.h-net.org/~africa/africaforum/Coquery-Vidrovitch.html][Consulté le 26 janvier 2008].

[7] Adame Ba Konaré. Dictionnaire des femmes célèbres duMali. Bamako : Editions Jamana, 1993, pp.54-55.
Notons que dans son autobiographie, Aoua Kéita écrit par exempleen regard de l'année 1949 : « Une partie de mes dimanchesaprès-midi se passait en promenade à bicyclette ... ». AouaKéita. Femme d'Afrique. la vie d'Aoua Kéita racontéepar elle-même. Présence Africaine, 1975, p.79.

[8] Aoua Kéita. Femmed'Afrique..., p.45.

[9] Rachel-Claire Okani. Hommage à lafemme camerounaise.Yaoundé : Editions CIAG, 1995, p.40.

[10] Marie-Claire Matip. Ngonda, Paris :Bibliothèque du jeune Africain, 1958, p.21.

[11] Cité par Marthe Kuntz,missionnaire au Zambèze depuis 1913, dans son ouvrage Terred'Afrique. Notes et Souvenirs. Paris, Société des MissionsEvangéliques, 1932, p.78.

[12] Charles Béart. «Intimité : lettres de la fiancée ». In PrésenceAfricaine 8-9, 1950, pp.271-288.
Pascale Barthélémy cite aussi un Procès verbal du conseilde discipline de l'Ecole Normale du 6 mai 1947 : « Quelques mois plustard, le conseil de discipline décide le renvoi d'une Camerounaise de 3eannée qui « entretient avec des jeunes gens des relationsclandestines, utilisant à cet effet des moyens illicites etinattendus... Une correspondance saisie de façon fortuite par Mme ladirectrice a révélé que X a profité d'unrécent service religieux à la mémoire d'un de sescompatriotes camerounais pour recevoir et échanger des lettres avec desjeunes gens ». « Instruction ou éducation ? La formation desAfricaines à l'Ecole Normale d'institutrices de l'AOF de 1938 à1958 ». Cahiers d'études africaines pp.169-170, 2003.[http://etudesafricaines.revues.org/document205.html] [Consulté le 16janvier 2008].

[13] Charles Béart. «Intimité... », p.288.

[14] Aoua Kéita. Femmed'Afrique..., p.45, et d'ajouter : « Parfois le cynisme descolonialistes les poussait jusqu'à diviser des vieux ménages»

[15] Aoua Kéita. Femmed'Afrique..., p.34.

[16] « Lettre 1 et Lettre 2 »[1919 et 1920] in Esi Sutherland-Addy et Aminata Diaw. Des femmesécrivent l'Afrique : l'Afrique de l'Ouest et le Sahel. Paris :Karthala, 2007, pp.242-243.

[17] A l'instar de « Ma petite patrie», quelques pages de la Sénégalaise Mariama Bâ(née en 1929) écrites par l'auteur en 1943, alors qu'elle venaitd'être admise à l'Ecole Normale de Rufisque.Relevons aussi ce passage de Marie-Claire Matip. Ngonda, p.40.: « Qui n'a pas souri d'aise devant un ouvrage sorti de ses mains ou de son esprit ? [...] Cette joie, je l'ai ressentie profondément lorsqu'en sixième je rédigeais des textes personnels dont j'avais moi-même choisi le sujet et poli la forme. Notre professeur, en effet, nous donnait cette liberté dans le choix de nos thèmes. Nous les travaillions en commun sur le tableau noir. Chacun reflétait notre personnalité : aussi notre joie était grande de les voir au tableau, lus par toutes et servant d'exemple. Je relis encore aujourd'hui le petit poème, oh! combien simple et naïf, que j'avais écrit avec le sérieux de mon âge et que j'avais intitulé "Petite Léonce" ».

[18] Anonyme, « Je suis une Africaine...J'ai vingt ans ». DakarJeunes no 10, 12 mars 1942, p.11.Cette autobiographie d'unepage s'achève par ces mots : « J'aime la vie. J'accepte mêmeà l'avance les jours sombres. J'ai toujours pensé que ce quimeurt doit renaître. « La vie est une mère, dit un proverbeindigène ; si d'une main elle châtie de l'autre elle caresse». J'aime la nature belle et calme, la fleur et son parfum, le soleiléblouissant et brûlant de mon Afrique, la nuit sombre ouétoilée, même le cri lugubre du hibou le soir et je suismême indulgente aux sceptiques, à ceux qui critiquent notreécole Normale, notre « Maison », sans la connaître etqui pensent qu'éternellement, la femme indigène demeureraimpersonnelle, sans dignité, la servante résignée qu'unhomme peut prendre ou délaisser suivant son caprice. ». Voir le dossier "Je suis une Africaine...j'ai vingt ans". Autobiographie d'une jeune institutrice togolaise.

[19] Marie-Claire Matip. Ngonda, Paris : Bibliothèque du jeuneAfricain, 1958.

[20] Un email de Pascale Barthélémy adressé à Charles Becker le 24 janvier 2008 permet d'imaginer qu'il y a sans doute plus de textes écrits par des Africaines au début/milieu du 20e siècle qu'on ne le pense généralement, le corollaire étant qu'il faudrait les retrouver et leur accorder plus d'attention : « ... Frida Lawson, sur laquelle j'ai peu de renseignements[...] a beaucoup écrit pendant ses années de scolaritéà Rufisque.Elle a un "style" bien à elle que l'on retrouve dans des compte-rendusrédigés pour sa directrice (Germaine Le Goff) dont vous avez sansdoute entendu parlé (elle a dirigé Rufisque de 38 à 45, jelui ai consacré un article dans les Hommages à CatherineCoquery). Frida Lawson était chargée de mener (comme responsable)les expéditions que représentaient les voyages de retour dansleurs familles pour les élèves au moment des grandes vacances.J'ai photocopié plusieurs de ses récits de "traversée" del'AOF et les ai analysés dans ma thèse mais ce sont des documentsà "fouiller" encore. ».

[21] « Sans aucune assistance d'unétablissement scolaire, et avec le seul avantage de ce qu'on luienseigna dans la famille, seize mois après son arrivée, elleatteint un niveau d'Anglais – une langue qui lui était parfaitementétrangère auparavant – lui permettant de lire même lespassages les plus difficiles des Saintes Ecritures, à lastupéfaction de tous ceux qui l'écoutaient. » John Wheatley(1772). « Letter sent by the author's Master to the Publisher ».Phillis Wheatley. Poems on various subjects, religious and moral. London: A. Bell, 1773, p.vi.

[22] Henry Louis Gates, Jr. « Foreword.In her own write », in John Shields (ed.) The collected works ofPhillis Wheatley. New York : Oxford University Press, The Schomburg Libraryof Nineteenth Century Black Women Writers, 1988, pp.vii-ix.

[23] Phillis WheatleyPoems on various subjects, religious and moral London : A.Bell, 1773, p.18. Traduction libre.

[24] Voir Odile Tobner. Du racismefrançais. Quatre siècles de négrophobie. Paris : LesArène, 2007.

[25] Quelques textes d'Africaines ayantécrit dans leur langue maternelle au 19e siècle, sont disponiblesen traduction anglaise dans la monumentale anthologie Women writing Africa :The southern Region. Johannesburg : Witwatersrand University Press, 2003,554p. Un certain nombre d'auteures Afro-américaines telles que SusieKing Taylor, Frances Ellen Watkins Harper et bien d'autres sont aussiintéressantes à découvrir.

[26] Mentionnée dans Kelly Duck Bryant.« Black but not African : Francophone Black Diaspora and the Revue desColonies 1834-1842). International Journal of African Historical Studiesvol. 40, no 2 (2007), pp.274-75.

[27] Maria Firmina dos Reis. Ursula, 1859.

[28] Harriet E. Wilson. Our Nig; or, Sketches from the Life of a Free Black.Boston: Geo. C. Rand & Avery, 1859. [Réédition: New York:Vintage Books, 1983. Préface de Henry Louis Gate Jr et commentaire deBarbara A. White].

[29] Traduction française : Emily Ruete. Mémoires d'une princessearabe. Paris, Karthala, 1991.
Traduction anglaise : Emily Ruete (Salamah bint Saïd; Sayyida Salme,Princess of Zanzibar and Oman) Memoirs of an Arabian Princess Translatedby Lionel Strachey. New York: Doubleday, Page and Co., 1907, n.p.http://digital.library.upenn.edu/women/ruete/arabian/arabian.html[Consulté le 19 novembre 2007].
Voir aussi la note biographique de Joachim Duester, Oman Studies, 2001.http://www.counterpunch.org/pipermail/oman-l/2001-February/001090.html quimentionne de plusieurs rééditions de cet ouvrage [Consultéle 22 novembre 2007]

[30] Ma traduction du texte anglais de 1907, ch.7. (n.p.) (voir noteprécédente).

[31] Voirhttp://www.sierra-leone.org/heroes6.html [Consulté le 1er février 2008]

[32] Catherine Burns. « Les lettres deLuisa Mvemve ». In Karin Barber (ed.) Africa's Hidden Histories.Everyday Literacy and Making the Self. Bloomington : Indiana UniversityPress, 2006, pp.78-112.

[33] Sirah Baldé de Labé.D'un Fouta-Djalloo à l'autre. Paris: La PenséeUniverselle, 1985. Cela fait 20 ans que je cherche à acquérir cetouvrage ; j'ai dû aller le lire à la BibliothèqueNationale, à Paris.

[34] Andrée Blouin, in collaborationwith Jean MacKellar, My Country Africa autobiography of the Blackpasionaria. New York : Praeger, 1983.

[35] http://www.library.ucsb.edu/subjects/blackfeminism/ah_langlit.html [Consulté le 1er février 2008].(Mary Helen Washington. Invented Lives: Narratives of Black Women (1860-1960),1987).

[36] Catherine N'Diaye. Gens de Sable. Paris : POL, 1984, p.159.

[37] Catherine N'Diaye. Gens...,p.160.

[38] A remarquer aussi la différence entre la démarche de JeanMacKellar, qui s'efface derrière son sujet pour lui laisser la parole,et celle du Belge Ludo Martens qui publia sous forme de biographie – et sousson nom – l'histoire de Léonie Abo, la compagne de Mulele quiparticipa à l'insurrection paysanne qui agita le Congo entre 1963 et1968. Dans une communication personnelle, Mme Abo parle de « son »livre et il est dommage que Ludo Martens n'ait pas abandonné sesprétentions de biographe, qu'il n'ait pas offert à Mme Abo lapossibilité de raconter son histoire avec la spontanéitéd'un récit à la première personne.
Ludo Martens. Une femme du Congo. Bruxelles : Editions EPO, 1991.

[39] Odile Tobner. Du racisme français, pp.149-150.

[40] Arthur de Gobineau. Essai surl'inégalité des races humaines [1853-1855], in Œuvres3 vols. Paris : Gallimard, 1983-1987.

[41] Andrée Blouin, My CountryAfrica, p.4.

[42] Andrée Blouin, My CountryAfrica, p.4.

[43] Andrée Blouin, My CountryAfrica, p.185.

[44]http://aflit.arts.uwa.edu.au/colonie_19e_dard_fr.html#fn17

[45] Bernard Dadié évoque sonemprisonnement dans Carnet de prison. Abidjan, CEDA, 1984.

[46] Henriette Diabaté. La marchedes femmes sur Grand-Bassam. Abidjan-Dakar : Nouvelles Editions Africaines,1975, pp.50-51.

[47] Henriette Diabaté. La marchedes femmes..., p.58.

[48] Un article de PascaleBarthélémy intitulé « Sages-femmes africainesdiplômées en AOF des années 1920 aux années 1960» in Anne Hugon, Histoire des femmes en situation coloniale: Afriqueet Asie, XXe siècle. Paris, Karthala, 2004, pp.119-144 , propose unsurvol intéressant des rapports sociaux et des activités desélèves de l'Ecole de médecine de Dakar.

[49] Aoua Kéita. Femmed'Afrique..., p.46.

[50] Aoua Kéita. Femmed'Afrique..., p.71.

[51] Aoua Kéita. Femmed'Afrique..., p.389.

[52] Mariama Bâ. Une si longuelettre. Dakar : Les Nouvelles Editions Sénégalaises, 1979.

[53] Cité par PierretteHerberger-Fofana dans Littérature féminine francophonenoire. Paris :l'Harmattan, 2000, p.375.

[54] Aoua Kéita. Femmed'Afrique..., p.79.

[55] Delphine Zanga Tsogo. L'oiseau encage, Paris : NEA : Edicef, 1983, p.4.

[56] Delphine Zanga Tsogo. L'oiseau encage, p.7.

[57] Nafissatou Diallo. De Tilène auPlateau. Une enfance Dakaroise. Dakar : Les Nouvelles EditionsSénégalaises, 1975, p.16.

[58] Amina Sow Mbaye « Mademoiselle » Dakar :NEA-Edicef jeunesse, 1984.

[59] Amina Sow Mbaye « Mademoiselle», p.157.


Editor (jeanmarie.volet@uwa.edu.au)
The University of Western Australia/French
Created: 8 February 2008
http://aflit.arts.uwa.edu.au/colonies_20e_afr.html

René Ballet (1928 – January 2, 2017) was a French journalist, novelist and essayist. A communist, he was an international correspondent for L’Humanité. He was the author of 14 novels and 35 essays, many of which were about Roger Vailland.

Early life[edit]

René Ballet was born in 1928 in Saint-Étienne, France.[1] He grew up in Grenoble,[2] where he earned a bachelor of laws from the University of Grenoble.[1]

Ballet joined the French Resistance during World War II.[2]

Career[edit]

Ballet joined the French Communist Party in Vanves near Paris in the 1960s.[2] He started his career as a civil servant in Paris in 1961, first in finance and then in national education.[1]

Ballet became a journalist, and he mostly wrote for the automobile press.[1] He also appeared on television as a contributor.[1] He then became the editor-in-chief of Constellation, a Franco-Swiss magazine.[1] From 1971 to 1978, he worked as a communications manager for Fiat S.p.A..[1] He became an international correspondent for L’Humanité, a communist newspaper, and its Sunday newspaper, L’Humanité Dimanche, in 1978.[1]

Ballet was the author of 14 novels and 35 essays.[2] He published his first novel, Echec et Mat, in 1960.[3] His 1986 novel, L'organidrame, was selected for the Prix Goncourt (awarded to Michel Host for Valet de nuit instead).[3] His 1994 novel, L'hôtel des deux gares, was about a collaborationist in Paris during World War II.[3] His 2002 novel, Retour à Santopal, was based on his career as a correspondent under Augusto Pinochet in Chile.[3] Ballet also published research about the works of Roger Vailland.[2] He was also the co-founder and vice-president of the Association Roger Vailland in 1995.[1] Moreover, he served on the editorial board of the Cahiers Roger Vailland.[1]

Ballet was the co-founder of Le Temps des Cerises, a publishing house, in 1993.[2] He was the founding editor-in-chief of La Revue Commune in 1996.[1] He became an honorary citizen of Vanves in 2004.[2]

Personal life and death[edit]

Ballet was married to Simone Ballet, a professor of economics and law at Paris Descartes University.[1] They resided between Paris, Nice and La Chapelle-Fortin.[1] They attended the Fête de l'Humanité annually.[1]

Ballet died on January 2, 2017, at the age of 88.[2]

Selected works[edit]

Novels[edit]

  • Ballet, René (1960). Échec et mat. Paris: Gallimard. OCLC 26963351. 
  • Ballet, René (1961). Les jours commencent à l'aube. Paris: Gallimard. OCLC 23409309. 
  • Ballet, René (1962). L'inutile retour. Paris: Gallimard. OCLC 459454116. 
  • Ballet, René (1972). Dérive. Paris: Calmann Levy. OCLC 12123581. 
  • Ballet, Rene (1984). Une petite ville sans mémoire. Paris: Temps actuels. ISBN 9782209055647. OCLC 12894274. 
  • Ballet, René (1986). L'Organidrame. Paris: Messidor. ISBN 9782209058228. 
  • Ballet, René (1987). Des usines et des hommes. Paris: Messidor. ISBN 9782209059409. OCLC 18615695. 
  • Ballet, René (1989). Soleil froid. Paris: Messidor. ISBN 9782209061822. OCLC 20922475. 
  • Ballet, René (1992). Le domaine du bout de l'île. Paris: Temps actuels. ISBN 9782209066612. OCLC 29793548. 
  • Ballet, Rene (1994). L'hôtel des deux gares. Pantin: Le Temps des Cerises. ISBN 9782841090143. OCLC 33078186. 
  • Ballet, René (1996). La Manipulation. Pantin: Le Temps des Cerises. ISBN 9782841090709. OCLC 465658926. 
  • Ballet, René (1999). Lettres texanes. Paris: Messidor. ISBN 9782209063307. OCLC 22274895. 
  • Ballet, René (2002). Retour à Santopal. Pantin: Le Temps des cerises. ISBN 9782841093618. OCLC 52631333. 
  • Ballet, René (2010). Soldes d’été au Lüger. Pantin: Le Temps des cerises. ISBN 9782841098545. OCLC 762714626. 

Non-fiction[edit]

  • Ballet, René; Vailland, Elisabeth (1973). Roger Vailland. Paris: Éditions Seghers. OCLC 797168. 
  • Ballet, René (1985). Bourges : une affaire de cœur. Paris: Messidor. ISBN 9782209056972. OCLC 21870792. 
  • Ballet, René (1988). Montluçon: bâtir la vie. Paris: Messidor. ISBN 9782209060931. OCLC 31088333. 
  • Ballet, René (1991). Auteurs sur la ville : essai-roman. Rouen: Médianes. ISBN 9782908345100. OCLC 27812899. 
  • Ballet, René (1997). La boîte noire. Pantin: Le Temps des Cerises. ISBN 9782841090921. OCLC 467517965. 
  • Ballet, René; Petr, Christian (1999). Le Réalisme socialiste : ce bel inconnu. Pantin: Revue Commune. ISBN 9782841092109. OCLC 47625183. 
  • Ballet, René (2003). Reporter de l'interdit. Pantin: Le Temps des Cerises. ISBN 9782841093830. OCLC 470363647. 
  • Ballet, René (2007). Cocktail au curare : à consommer avec précaution, peut nuire à la quiétude et au sens moral. Pantin: Le Temps des Cerises. ISBN 9782841096701. OCLC 183257465. 

References[edit]

External links[edit]

René Ballet, writing at his desk in 2015.
  1. ^ abcdefghijklmnChaillan, Pierre (January 3, 2017). "Disparition. René Ballet, une vie dans le droit-fil de Roger Vailland". L'Humanité (in French). Retrieved January 4, 2017. 
  2. ^ abcdefgh"Vanves : citoyen d'honneur de la ville, le journaliste René Ballet est mort". Le Parisien (in French). January 3, 2017. Retrieved January 4, 2017. 
  3. ^ abcdNguyen-Schoendorff, Odile (January 3, 2017). "Disparition de René Ballet". L'Humanité (in French). Retrieved January 4, 2017. 

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